FAITS DIVERS

« MeToo » à Cannes : le site de la peur

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Depuis le 6 mai, médias en ligne et réseau sociaux s’affolent depuis qu’un compte complotiste a diffusé une liste de noms de 10 personnalités du cinéma français sans « élément factuel, encore moins de témoignage, ni de déclaration d’avocat, de policier ou de plaignante » comme le disait La Tribune du Dimanche dans son édition du 12 mai 2024. Dix noms lancés en pâture sous le hashtag « #MeToo » à quelques jours du début du Festival de Cannes. Mais avec les dernières révélations de supposées agressions à la veille de la cérémonie d’ouverture de 77ème édition internationale du film, Cannes se transforme en site de la peur…

Une liste sortie de nulle part

10 noms… Voilà ce qu’un compte complotiste sur le réseau social X (ex-Twitter) a lâché le 6 mai dernier. Une liste de noms sortie d’on ne sait où… après que certains médias ont parlé de cette fameuse liste. Comme Le Figaro qui, le 5 mai, parlait sur son site d’ « Une liste de dix noms d’acteurs, réalisateurs et producteurs censément pris dans la tourmente circule et pourrait être divulguée avec la montée des marches«  accolée au hashtag #MeToo. La chaîne France Info a même prétendu qu’ « une liste de personnalités […] devrait être publiée demain dans une enquête de Mediapart » avant de se dédire à demi-mots. Le 6 mai, Cyril Hanouna parlait, lui aussi, de certaines rumeurs sur C8. Le Canard Enchaîné s’est, lui aussi, mêlé de cette rumeur des plus folles sans citer le moindre nom mais promettant des révélations à 21h le 6 mai : « Le #MeToo du ciné affole les producteurs. Après la série de révélations sur les violences sexuelles lors des tournages, ils se font un film d’horreur: sorties reportées, projets fragilisés, acteurs à remplacer… » (voir le post)

C’est finalement ce fameux compte complotiste qui publiera cette fameuse liste dont tout le monde ignore la provenance. « Zoé Sagan ». Pour certains, ce nom est peut-être familier… C’est de ce compte comptant plus de 200.000 abonnés, connu pour ses thèses complotistes et qui serait tenu, selon La Tribune du Dimanche et Les Grandes Gueules de RMC, par l’ancien publicitaire Aurélien Poirson-Atlan.

Une rumeur qui s’est propagée comme une trainée de poudre…

Si cette rumeur a pris tant d’ampleur, les réseaux sociaux, comme souvent, y sont pour beaucoup. Si les médias ont vendu la mèche, c’est bien sur les réseaux sociaux et notamment sur X (ex-Twitter) que la mèche a pris feu pour que ce qui n’était qu’une rumeur se propage comme une trainée de poudre. Alors que certains se vantaient d’entendre parler « dans le Tout-Paris » de cette soi-disant liste, certains comptes se sont vite ravisés lorsque La Tribune du Dimanche a communiqué leur nom. Notamment le compte Destination ciné qui publiait sur X : « Rumeurs, le média d’extrême gauche Mediapart va sortir pendant le Festival de Cannes une nouvelle enquête MeToo mettant en cause plusieurs acteurs du cinéma français. ». (voir le post de @destinationcine)

La course au scoop ?

Le journaliste média Clément Garin, pourtant très souvent au fait des questions média, est lui aussi tombé dans le piège et n’a que très peu apprécié l’article de l’hebdomadaire dominical qui le cite. (voir le post de @clem-garin). Quelques jours auparavant, Clément Garin avait pourtant publié plusieurs posts, en se vantant presque de connaître les noms de cette liste que personne n’avait encore lue et les envoyant en « DM » (Direct Message : « message privé« ). (voir son pote). Allant même jusqu’à critiquer le compte complotiste Zoé Sagan de s’approprier « le travail des autres« . Mais quels autres ? Mediapart ayant formellement rejeté les allégations le concernant sur cette prétendue liste (voir son post). (Mise à jour du 14 mai 2024 à 14h00 : dans un post publié sur son compte X, le journaliste média Clément Garin reconnait une partie de ses torts, évoquant une faute morale, à retrouver sur ce lien)

Mais nombreux sont les médias qui ont parlé de cette rumeur selon Clément Garin qui cite Mediapart au lendemain de la publication de l’article de La Tribune du Dimanche. Problème : Mediapart n’a aucune liste, ni aucune enquête. Edwy Plenel, son fondateur, est même obligé de monter au créneau sur X le 13 mai, jour où le site du Magazine ELLE publie un article dans lequel 9 femmes accusent le producteur Alain Sarde de viols, agressions sexuelles et harcèlement… Edwy Plenel, tout juste retiré de la direction du média qu’il a fondé, dénonce ceux qui ont inventé une liste qu’aurait eu média en ligne, publiant un lien vers un article condamnant les précédentes allégations : « Depuis plusieurs jours, certains médias, y compris sérieux, évoquent l’existence d’une supposée « liste » d’auteurs présumés de violences sexuelles, que Mediapart s’apprêterait à publier. C’est faux, évidemment. À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, le spectacle médiatique est pathétique« . (voir le post d’Edwy Plenel)

Des journalistes prennent la plume (ou leur clavier) ce soir, à la veille de l’ouverture de la 77ème édition du Festival de Cannes pour tenter de remettre les pendules à l’heure tant les affaires se bousculent. On ne parvient plus à distinguer le faux du vrai. On pensait en avoir fini depuis « l’affaire Depardieu ». Et voilà que ressortent les affaires Besnehard, Boutonnat, comme le publiaient déjà Le Parisien et Libération. D’autres ce lundi 13 mai 2024, publient des posts strictement factuels, mentionnant l’absence de plainte connue à ce jour et le passé du présumé agresseur, comme l’ont notamment fait le journaliste AFP Jean-François Guyot (voir son post) :

Le délégué général du Festival invité de France Inter

Ce mardi 14 mai 2024 à 7h50, jour d’ouverture du 77ème Festival de Cannes, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, sera au micro de Sonia Devillers sur France Inter. Peut-être qu’il parviendra à calmer les esprits et ne pas gâcher la fête du cinéma qu’est le Festival international du film chaque année. Bien évidemment, une pensée ira directement aux victimes des agresseurs, violeurs ou auteurs de harcèlement qui ont été condamnés ou qui font l’objet d’une procédure judiciaire. Ne piétinnons pas la présomption d’innocence des personnes incriminées, sans minimiser la peur et le dégoût que doivent ressentir les victimes.

Le timing ne pouvait plus mal tomber… à croire que certains médias ou journalistes (ou comptes complotistes et influenceurs) attendaient patiemment pour publier des noms au hasard, accolés au hashtag MeToo… afin de transformer Cannes en « site de la peur«  pendant le Festival.

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